Jeudi 16 octobre 2008

Carte étudiante à puce : de bien maigres avantages pour beaucoup d’inconvénients et de risques !

Cette année, nous sommes ou allons être titulaire d’une carte étudiante d’un nouveau genre, quelque soit l’Université d’Aix-Marseille où nous nous inscrivons. Equipée d’un système Monéo, cette carte a l’apparence d’une carte de crédit et semble revêtir beaucoup d’avantages. Au premier abord cette carte multifonctions semble apporter une révolution dans la vie étudiante.

A Fac Verte Aix-Marseille nous nous interrogeons sur les véritables fonctions de cette carte avant de tirer des conclusions hâtives. Le bilan ne semble pas si « extraordinaire » que cela.

Le positif de cette carte

  • Son format « carte de crédit » permet de la ranger plus facilement dans le porte feuille. Elle est moins soumise à la dégradation que la carte papier.

  • Multiservices. Elle sert à emprunter des livres, payer le resto u… Munie d’un système Monéo elle sert à payer d’autres biens et services pris en compte par le système Monéo.

  • Elle pourra à terme donner accès à des salles informatiques sécurisées. On peut envisager une amélioration du matériel informatique par la suite (Il faudrait encore que les fonds suivent, ça c’est une autre histoire.).

Le négatif de cette carte

  • La carte est valable 3 ans. En cas de perte cela coute entre 8 et 10 euros pour la refaire.

  • BNP Paribas est chargée de sa mise en œuvre. La carte constitue un support de pub important pour la banque.

  • A terme la carte réglementera l’accès aux bâtiments universitaires. Du coup Les non titulaires de cette carte (ceux qui ne sont pas inscrit à l’Université) n’y auront pas accès. C’est la fin de l’Université ouverte à tous où l’on peut venir suivre n’importe quel cours sans être inscrit (auditeur libre).


Les avantages de cette carte semblent bien maigres vis-à-vis des graves inconvénients qu’elle apporte. Ce sont surtout des avantages pratiques – comme accéder aux restos U, emprunter des livres à la bibliothèque – qui paraissent « gadgets » à côté de ce qu’elle impose et remet en question.

Ainsi le principe fondamental d’accès libre et publique à l’Université est attaqué, puisque seuls ceux qui seront titulaires de la carte y auront accès. Par la mise en place d’un tel système de réglementation de l’accès on peut très bien imaginer un système de « pointage » comme à l’usine. A savoir si le passage de notre carte à l’entrée du bâtiment n’a pas été enregistré, alors que nous aurions du être en cours, des sanctions pourraient être immédiatement engagées (baisse ou suppression de la bourse par exemple, ou encore interdiction de se présenter aux examens).

Et les étudiants qui sont obligés de travailler pour financer leurs études et qui ne peuvent pas se rendre à tous les cours ? Tous n’ont pas pu obtenir de régime dérogatoire (surtout depuis que cette année le régime dérogatoire doit être accordé par l’ensemble des enseignants de l’étudiant).

Alors que les étudiants sont de plus en plus touchés par la précarité et sont de plus en plus nombreux à travailler pour payer leurs études nous refusons que l’utilisation de la carte à puce renforce la sélection. Ceci n’est qu’une supposition. Mais au vu de l’évolution de l’Université vers la perte de sa première mission, à savoir diffuser le savoir et favoriser l’esprit critique, ainsi que vers une privatisation et une professionnalisation (engagée par les réformes en cours : LRU, plan licence) nous pensons que nos réticences vis-à-vis d’une utilisation mauvaise de la carte à puce ne sont pas complètements infondées.

Par ailleurs le même système est utilisé dans certaines universités parisiennes (avec la même banque comme partenaire). Certains restos U de la capitale n’ont plus de caisses acceptant la monnaie. Cela exclu non seulement ceux qui ne souhaitent pas se servir de cette carte (et peut donc les forcer à le faire) mais aussi peut-être ceux qui ne sont pas propriétaires d’une carte bancaire. Effectivement des bornes de rechargement de cette carte sont mises à dispositions dans les restos U et Universités, mais il faut avoir une carte bancaire pour s’en servir.

Ceux qui ne sont pas titulaire d’une carte bancaire pourront toujours la recharger contre du liquide en passant par un guichet de la BNP. D’une part nous n’avons pas toujours un  guichet de la BNP à proximité et d’autre part la BNP prend une commission sur ce genre de transaction. Et si les restos U d’Aix-Marseille fermaient aussi leurs caisses classiques ?

En dehors de cela nous ne pouvons pas accepter qu’une entreprise privée soit introduite de la sorte dans l’Université, se faisant créer de toute pièce un marché de 70 000 étudiants sans que ceux-ci aient leur mot à dire et s’arrogeant de poser sa publicité sur la house de la carte. L’Université ne doit pas être « le terrain de jeu » des entreprises et doit rester libre des intérêts privés.

Les plus opposés à cette carte diront que sa petite puce pourrait aussi permettre de suivre leur possesseur (puisque qu’elle permet de régler des transactions, emprunter des livres, accéder aux bâtiments universitaire), savoir quels livres il emprunte… En somme connaître faits, gestes et opinions d’un possesseur de carte. Cela n’est peut-être pas complètement tiré par les cheveux lorsque l’on sait que certains étudiants de l’Université de Provence, pour leur implication dans le mouvement contre la LRU, se sont vus suivis et écoutés par des vigiles spécialement embauchés pour cela et chargés d’informer l’administration de leurs actions sur l’Université.

En conclusion, sans être anti-progrès, nous avons des raisons d’être méfiant vis-à-vis de l’utilisation de cette carte.

En conséquence nous appelons tous les étudiants à rester vigilants et critiques vis-à-vis de cette nouvelle carte. Nous n’accepterons pas que son utilisation remette en cause l’Université publique et ouverte à tous, et porte atteinte aux libertés d’opinion !

 

 

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