Samedi 14 février 2009
La montée d’un capitalisme de désastre
Par John Michel de Fac Verte Rouen
Apres son best-seller No logo, l’essayiste altermondialiste Naomi Klein s’attaque à la « stratégie du choc », mise en place par le pouvoir américain afin de propager le dogme libéral. Par la force et la manipulation.
Au début des années 50, le Dr Cameron dirige un programme de recherche secret, financé par la CIA. Il vise à développer de nouvelles techniques d’interrogatoires et de tortures répondant efficacement au nouveau contexte de guerre froide. Ces recherches démontrèrent qu’un individu (ou un groupe) soumis à un choc psychologique violent et soudain subit un « effondrement psychologique temporaire » empêchant toute stratégie de résistances – du groupe ou de l’individu.
Ces résultats donnèrent naissance au manuel Kubark, destiné à la formation des agents de la CIA aux techniques de tortures et d’interrogatoire, ces techniques furent également mises à profit pour développer de nouvelles techniques de coups d’Etat et de guerres économiques. A cette époque les économistes néo-libéraux Van Hayek et son disciple Friedman formalisèrent la « stratégie du choc » qui se fondait sur les résultats des recherches top secret de Cameron. Cette stratégie consiste à imposer à un pays faisant face à une crise (catastrophes naturelles, crises économiques, guerre civile…) des réformes libérales et massives en profitant de l’effondrement de la société civile face au désastre, qui se retrouve incapable de s’organiser et de réagir.
Un système violent et organisé
Depuis 60 ans, Hayek, Friedman et leurs disciples ont formés des générations d’agents économiques chargés de défendre le capitalisme et de répandre le dogme libéral dans le monde. Ils noyautèrent l’OMC, la Banque mondiale et le FMI et imposèrent des réformes dévastatrices partout dans le monde, aidés dans leur besogne par les services secrets atlantistes qui organisent les « chocs » ou exploitent les tragédies qui frappent les peuples à travers le monde. Noami Klein nous explique que bon nombre d’événements majeurs de notre époque moderne ont partie liés avec l’existence d’opérations planifiées visant à assurer la prise de contrôle de la planète au service des intérêts privés des multinationales.
Naomi Klein, La stratégie du choc, la montée d’un capitalisme de désastre, Léménac/Actes Sud, 2008, 25€.
Le site internet de Naomi Klein : http://www.naomiklein.org
Une exellente émission de Là-bas si j’y suis avec Naomie Klein : http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=1518
- Ce qu’en pense Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie et auteur (entre autre) de La grande désillusion en 2002, Quand le capitalisme perd la tête en 2003 et Un autre monde : contre le fanatisme du marché en 2006 :
Un capitalisme de catastrophe
Extrait d’un compte rendu du livre par le prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz publié dans Le New York Times et traduit par Courrier International :
Il n’y a pas de hasard dans le monde tel que le voit Naomi Klein. A la Nouvelle-Orléans, à la suite des inondations occasionnées par l’ouragan Katrina en août 2005, beaucoup d’habitants noirs et pauvres ont été chassés de la ville, et la plupart des écoles publiques ont été remplacés par des charters schools (établissements financés par les fonds publics et gérés par le privé). La torture et les assassinats au Chili du temps du général Pinochet (1973-1990) et pendant la dictature militaire en Argentine (1976-1983) ont été un moyen de briser la résistance au marché. L’instabilité de la Pologne et de la Russie après l’effondrement du communisme, et de la Bolivie après l’hyperinflation des années 1980 a permis aux gouvernements de ces pays d’imposer une thérapie de choc économique à une population réfractaire. Et puis il y a la « stratégie de Washington pour l’Irak » : »Traumatiser et terroriser le pays tout entier, détruire délibérément ses infrastructures, laisser mettre à sac sa culture et son histoire, puis réparer les dégâts en inondant le pays d’appareils ménagers bas de gamme et de produits alimentaires de mauvaise qualité importés ».
Dans son ambitieux livre « The Shock Doctrine » (La doctrine du choc), Noami Klein examine l’histoire économique des cinquante dernières années et la montée de l’intégrisme du marché dans le monde. Le « capitalisme de catastrophe » comme l’appelle Noami Klein, est un système violent qui nécessite parfois le recours à la terreur. Comme Pol Pot proclamant l’année zéro à l’arrivée au pouvoir des Khmers rouges au Cambodge, en 1975, Le capitalisme extrême affectionne les pages blanches, trouvant souvent un débouché après une crise ou un « choc ». La crise asiatique de 1997, par exemple, nous dit Naomi Klein, a fourni au Fonds monétaire international (FMI) l’occasion de mettre en place des programmes dans la région et a ouvert la voie à la privatisation de nombreuses entreprises publiques, rachetées par des banques et des multinationales occidentales. Le tsunami de décembre 2004 a donné aux autorités sri-lankaises la possibilité de chasser les pêcheurs du front de mer pour vendre des terrains à des groupes hôteliers. Les attentats du 11 septembre 2001 ont permis à G.W.Bush de lancer une guerre destinée à convertir l’Irak à l’économie de marché. [...]
Naomi Klein n’est pas économiste mais journaliste, et elle a parcouru le monde pour savoir ce qui s’est réellement passé sur le terrain lors de la privatisation de l’Irak, au lendemain du tsunami asiatique, pendant la transition polonaise vers le capitalisme et dans les années qui ont suivi l’arrivée au pouvoir du Congrès national africain (ANC) en Afrique du Sud. [...]
Certains lecteurs verront peut-être dans les données recueillies par Noami Klein la preuve d’une vaste conspiration, idée qu’elle rejette explicitement. Ce ne sont pas les conspirations qui ravagent le monde, mais l’accumulation de mauvais choix, de politiques vaines et d’injustices petites et grandes. Ces décisions sont cependant guidées par des conceptions plus larges. Les intégristes du marché n’ont jamais vraiment compris les institutions nécessaires au bon fonctionnement d’une économie et encore moins le tissu social dont les civilisations ont besoin pour prospérer. Naomi Klein termine sur une note d’espoir en parlant des organisations non gouvernementales et des militants du monde entier qui tentent de changer les choses. Au terme de 500 pages de The Shock Doctrine, il est clair qu’ils ont du pain sur la planche.






le 14 février 2009 à 11:49
Critique intéressante, qui donne envie de découvrir cet auteur.