Vendredi 27 novembre 2009

La politique de l’Oxymore

Bertrand Méheust, La politique de l’oxymore, comment ceux qui gouvernent nous masquent la réalité du monde, Les empêcheurs de tourner/La Découverte, 2009, 12€.

Par Pierre Isnard-Dupuy

L’avenir de l’humanité et de la planète est envisagé de manière très sombre par Bertrand Méheust. Il compare nos sociétés à un « hypertitanic » qui, même s’il adopte un train de vie en adéquation avec l’équilibre de la biosphère du jour au lendemain (l’auteur parle de décroissance soutenable), ne pourrait pas suffisamment dévier de l’inertie qui le mène droit dans le mur d’un chaos écologique. Une des raisons très simple de la grande difficulté de surmonter l’inertie de la société de consommation est très simple : la publicité (que l’auteur propose d’appeler par son vrai nom : propagande) du mode de vie à l’occidental, fait réclamer avec force aux populations des pays en « voie de développement » de le rejoindre. La pression est tellement forte, que même si la société de consommation s’effondre en occident, elle restera toujours un idéal à atteindre ailleurs.

Pire, pour Bertrand Méheust, les démocraties néolibérales sont incapables d’opérer les transformations nécessaires pour surmonter la crise écologique et la crise sociale. Une société ne serait capable de pouvoir s’adapter face aux grands défis qui se présentent à elle qu’en cas de forte contrainte extérieure. Or cette contrainte a disparue avec la chute du bloque soviétique qui a ouvert l’ère d’uniformisation du monde (euphémisé par le terme de mondialisation). L’auteur ri jaune de cette situation en écrivant que la venue d’extraterrestre serait le seul événement qui pourrait sauver l’humanité de son destin tragique. Dans ce cadre, l’enjeu du capitalisme moderne devient, non pas de s’adapter mais de dissimuler la réalité notamment par le recours massif à des euphémismes et à des oxymores qui embrouillent les consciences.

Extrait de la critique de Dominique Plihon dans Politis :

Dernier exemple de cette politique de l’oxymore (la liste pourrait être beaucoup plus longue), qui n’est pas le moins inquiétant : la question écologique, présentée comme l’ardente obligation de ce début de XXIe siècle, Grenelle de l’environnement à l’appui. Or, la plupart des cent mesures du plan Fillon de relance consistent à accélérer la construction d’autoroutes et à bétonner le pays, tout en affirmant que l’objectif de croissance à tout prix (rapport Attali pour une croissance forte oblige) est la seule voie pour sortir la France de la crise. Le salut viendra du « capitalisme vert », autre splendide oxymore ! Cette utilisation massive des oxymores – qui consistent à fusionner deux réalités contradictoires – remplit trois fonctions pour le pouvoir politique. C’est d’abord une technique éprouvée pour occuper l’espace médiatique, avec l’aide d’organes de presse souvent complaisants, voire complices, en exhibant à coup de gesticulations des objectifs mirifiques qui suscitent le débat. C’est ensuite un moyen de neutraliser l’opposition en la doublant sur sa gauche (pouvoir d’achat) ou sur sa droite (migrations). C’est enfin, ce qui est le plus grave, une stratégie destinée à « enfumer » les citoyens, en s’attaquant à leur univers mental et en jouant avec leurs rêves. Ceux qui gouvernent ainsi font preuve d’un cynisme et d’un mépris profonds des citoyens. L’art de gouverner se confond avec celui de manipuler. La politique et la démocratie en sortent dévalorisées…

L’intégralité de cette critique sur le site de Politis

Quatrième de couverture :

Les démocraties modernes possèdent-elles les ressorts nécessaires pour prévenir et affronter la catastrophe écologique due au réchauffement climatique ? Comme l’explique Bertrand Méheust, ce n’est pas de l’écologie libérale et du « développement durable » que viendra la réponse : ces discours consistent à graver dans l’esprit du public l’idée que l’écologie est compatible avec la croissance et même mieux, qu’elle la réclame afin de masquer l’incompatibilité entre la société globalisée dirigée par le marché et la préservation de la biosphère.

Un univers mental ne renonce jamais à lui-même si des forces extérieures ne l’y contraignent pas. Le système a saturé tout l’espace disponible et est à l’origine de tensions de plus en plus fortes. Pour les masquer, ceux qui nous gouvernent pratiquent la politique de l’oxymore. Forgés artificiellement pour paralyser les oppositions potentielles, les oxymores font fusionner deux réalités contradictoires : « développement durable », « agriculture raisonnée », « marché civilisationnel », « flexisécurité », « moralisation du capitalisme », « mal propre », etc. Ils favorisent la destruction des esprits, deviennent des facteurs de pathologie et des outils de mensonge.

Plus l’on produit d’oxymores et plus les gens sont désorientés et inaptes à penser. Utilisés à doses massives, ils rendent fou. Ainsi, si le pouvoir de Sarkozy fait rupture, c’est par la production et l’usage cynique, sans précédent dans la démocratie française, d’oxymores à grande échelle.

 

 

Un Commentaire to “La politique de l’Oxymore de Bertrand Méheust”

  1. Pierre Dandoy a écrit:

    En tant que travailleur social, je ne peux qu’approuver cette excellente analyse. Je suis entre autres militant pour l’arrêt des centrales nucléaires (près de 450 dans le monde). Dans ce domaine, on est également saturé de mensonges, de « média-mensonges » qui créent une confusion extrême. Ces manipulations mettent directement en danger grave la démocratie et la survie même de notre monde.

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