Mardi 4 août 2009

Les objectifs de réductions prévus par l’Union européenne et les Etats-Unis pour 2020 (respectivement -20% et -5%) sont très en deçà de ceux préconisés par les scientifiques (-40%) : cela ne fait que refléter l’insuffisance des politiques concrètement mises en œuvre.

En effet, la politique du « marché pilote », avec les droits à polluer, actuellement défaillante, ne peut en aucun cas être suffisante pour réduire nos émissions dans les proportions nécessaires.

Les agro-carburants industriels, qui posent de nombreux problèmes environnementaux, et aggravent la crise alimentaire, ne contribuent en rien à la réduction des émissions.

Le nucléaire est une technologie coûteuse et porteuse de risques majeurs, et un développement ambitieux ne réduirait les émissions que très marginalement…

Assez de fausses solutions, tant que l’on ne remettra pas en cause notre mode de développement fondamentalement productiviste et tourné vers les profits, nous irons dans le mur !

Mardi 4 août 2009

En 1997, à Kyoto, les dirigeantEs des plus grands pays du monde décidaient de diminuer leurs émissions de gaz à effet de serre de 5,2%. Aujourd’hui, les scientifiques du GIEC préconisent une diminution de nos émissions de l’ordre de 95% d’ici 2050 afin de limiter le réchauffement climatique à 2°, seuil de disparition des espèces et de non-renouvellement de la biosphère. En décembre prochain à Copenhague, les gouvernements devront à nouveau décider d’une réduction globale des émissions.

Pour éviter une catastrophe climatique et sociale, il faut absolument diminuer massivement nos émissions, et aider les pays en développement dans leur lutte contre le changement climatique !! Ce n’est pas vraiment à l’ordre du jour de nos gouvernements…

Ne les laissons pas jouer avec notre avenir : imposons-nous !!!

Samedi 11 juillet 2009

Des objecteurs de croissance à la grand messe du développement durable

Par Pierre Isnard-Dupuy et Stéphane Maillard

Jeudi 9 avril 2009 se tenait dans la prestigieuse institution (privée) de l’Ecole Supérieure de Commerce de Toulouse (groupe ESC) les assises nationales étudiantes du développement durable 3ème du nom. Elles proposaient de « Passez à l’action ! ». Militants associatifs et syndicaux d’une jeune organisation étudiante écologiste, Fac Verte, nous passons à l’action depuis plus de 5 ans déjà. Nous nous sommes rendus à cet événement, organisé sous le haut patronage du « groupe La Poste » (Celui qui se prépare à la libéralisation totale de son marché.), pour présenter deux projets de notre association lors d’un concours mettant en compétition des initiatives étudiantes de développement durable.

Nos projets (une AMAP étudiante et un jardin collectif dans une cité universitaire) ne s’inscrivent pas dans le développement durable. Ce dernier oxymore[1] est au mieux un terme employé par des personnes de bonnes volontés qui ont un réel engagement écologique sans remettre en question les termes qu’elles utilisent, au pire une aubaine pour des multinationales recourant au green-washing[2]. Et entre les deux, se revendiquer du développement durable est une solution pour s’ouvrir de nouveaux marchés. Il y avait de tout cela durant cette journée. Par exemple, le concours des meilleures innovations d’entreprises en matière de développement durable a vu comme gagnant un projet nommé « VG Box » : Sorte de pot à plantes vertes pour les aider à dépolluer l’air intérieur qui est plus pollué que l’air à l’extérieur en organisant une circulation d’air au niveau des racines. Tout le monde a trouvé ça très intéressant dans l’assemblée et effectivement ça l’est. Mais personne n’a posé la question « et si on trouvait des solutions pour ne plus polluer ? Plutôt que d’acheter un énième objet qui par sa production, son transport etc. contribue aussi à la pollution.». Et oui, si on trouve la solution pour ne plus polluer l’air, la « VG Box » n’a plus lieu d’être. Alors, certains argueront qu’il faut bien faire quelque chose en attendant de trouver cette solution. « VG Box » s’attache à des racines mais surement pas les bonnes. Un des risques de penser « développement durable », c’est de ne plus se poser les questions « à la racine » de la crise écologique et sociale, en d’autres termes de façon radicale. L’ampleur de la crise est telle qu’il y a une nécessité de rupture avec l’ordre économique et social établi, en clair avec le capitalisme. Cette rupture est l’enjeu d’une décroissance conviviale que nous incarnons à notre façon.

Alors pourquoi aller à cette grand messe ? Justement pour y porter un message contestataire, un message rompant avec la pensée unique voulue au sein de cette journée. La tribune qui nous était offerte pour venir porter ce message était en réalité la raison principale de notre présence, même si malheureusement l’argent est aussi une condition indispensable à la réussite de nos projets (Il y avait 1000 euros à gagner). En construisant une AMAP étudiante et un jardin collectif, gérés par les étudiants eux-mêmes, nous posons des lieux d’expérimentation collective capable de produire une nouvelle organisation sociale, en lien avec une réflexion emprunté à l’écologie politique. Nous pensons que la société de demain ne pourra que se bâtir en l’organisant sur un équilibre entre économie, social et culture. Le tout inséré dans l’environnement. L’humanité n’est qu’une composante de l’écosystème mondial. Il est quand même fou, pour ne pas dire suicidaire de penser l’environnement au même niveau que l’économie. L’Humain ne maitrise qu’une partie de cet environnement. Il n’en est qu’une composante.

Dans la vision du développement durable la société doit être réglée selon un équilibre entre économie, social et environnement. Le problème, c’est que les partisans du développement durable restent pour la plupart (au moins pour ses idéologues) dans une pensée économisciste, c’est-à-dire que la croissance de la sphère sociale et environnementale d’une société dépend de la croissance économique de cette même société. Cette vision repose sur le fantasme que les inégalités sociales seront résolues par un accroissement des richesses et que la crise environnementale sera réglée par le progrès technique. Nous ne pouvons pas nous convertir à une telle aberration malhonnête dont le simple but est de maintenir l’ordre économique et social existant. Nous pensons que le gâteau de la richesse mondiale est déjà suffisant. Il suffirait de le partager équitablement.

Nombre d’activités économiques nous semblent inutiles voire nuisibles socialement comme cette éco-communication que nous avons pu voir à Toulouse. L’éco-communication est un modèle de green-washing. Une boîte de com propose à votre entreprise une éco-communication pour montrer le prétendu souci environnemental qu’a votre entreprise. Nous avons constaté sans surprise que l’éco-communiquant qui nous a fait sa démonstration avait le même téléphone portable (même s’il n’en a pas changé depuis 2004 [sic]), le même costard avec la même cravate hideuse, les mêmes chaussures vernis et le même gel dans les cheveux que n’importe quel publicitaire classique. La publicité est l’archétype de l’activité économique nuisible puisqu’elle repose souvent sur le mensonge et la désinformation, et qu’elle pollue tous nos espaces sans apporter un quelconque progrès social. Le développement durable n’intègre pas de réflexion sur les différences culturelles, trahissant une vision ethnocentriste. Ainsi le référentiel d’épanouissement d’une société serait inclus forcément dans la culture occidentale, si toutefois il en existe une seule. Voilà une hypocrisie intellectuelle supplémentaire qui nous laisse à penser que le véritable enjeu du développement durable est de légitimer des pratiques de consommation et de loisir qui sont uniquement accessible à une infime minorité de la population mondiale. Il est pourtant aujourd’hui de notoriété publique que la planète ne supporterait pas que tous les humains accèdent au même train de vie que nous[3]. Ces assises du développement durable présentaient également le student challenge. Un rallye raid étudiant soi-disant responsable et éthique. Nous considérons que venir sur un territoire ou vivent des populations et leur imposer nos bagnoles et tout ce quelles comportent de pollution (visuelles, sonores et environnementales) ce n’est pas faire preuve de responsabilité et d’éthique. C’est une façon comme une autre d’entrainer la rivalité ostentatoire[4] qui pousse les populations du sud à adopter nos modes de vie (détruisant au passage leur culture et leur environnement). Alors que nous ferions mieux de remettre en question nos modes de vie.

Nous avons affirmé haut et fort durant cette journée que les crises sociales et environnementales ne se régleraient pas par les mêmes acteurs qui les ont engendrés. Pour reprendre les termes de l’édito écrit par le président de l’association organisatrice de l’événement (le B3D) « les défis sociaux et environnementaux de notre siècle implique de travailler ensemble, toutes disciplines confondues, » évidemment, mais certainement pas « avec des entreprises qui n’hésitent pas à « inventer le monde demain » ». Une entreprise doit maximiser son profit, ce qui est contradictoire avec les objectifs affichés d’éthique sociale et de protection de la nature. Ainsi l’invention d’un monde de demain durable, où régneraient l’égalité, la solidarité et l’harmonie des activités humaines avec l’environnement naturel, appartient à des acteurs politiques et associatifs dont nous faisons partie.


[1] Développement est entendu uniquement pour des activités économiques appelant profit. Dans cette vision, le terme de développement apparaît en fait comme un synonyme unique de croissance. Or, ce qu’on appelle croissance est calculé uniquement sur un accroissement du PIB. Cet appel et ce recours à une croissance infinie du PIB ou de la production ne peut pas se faire sans prélever toujours plus sur les ressources naturelles et donc en détruisant ces mêmes ressources et l’environnement de leur exploitation et de leur transport. Il y a donc une impossibilité de satisfaire l’objectif de durabilité apposé au terme de développement.

[2] Ou blanchiment vert. Le green-washing est une méthode de marketing qui vise à faire passer aux yeux du consommateur des produits ou des activités économiques comme respectueux de l’environnement ou dans une conception écologique, alors qu’ils ne le sont pas. Par exemple une voiture qui rejetterait moins de CO2 que ces concurrentes alors que les voitures ont gagnées en puissance et en multiples équipements (climatisation en particulier) qui font qu’elles consomment plus (et donc polluent plus) qu’il y a 20 ans.

[3] Sur ce point Hervé Kempf écrit : « Sauf à franchir le seuil d’équilibre de la biosphère, les membres de la communauté humaine ne peuvent accéder tous au niveau actuel d’utilisation des ressources des Européens, Japonais et Américains. Ceux-ci doivent donc réduire leur consommation de ces ressources à un niveau proche d’une moyenne mondiale fortement inférieure inférieur à leur niveau actuel, in Pour sauver la planète, sortez du capitalisme, Seuil, Paris, 2009, p.10.

[4] Expression emprunté à Hervé Kempf qu’il définit de la façon suivante : « les coutumes des classes les plus riches définissent le modèle culturel suivi par l’ensemble de la société. » Il poursuit : « La réduction des inégalités, donc la réduction des possibilités de consommation ostentatoire de l’oligarchie, transformera les modèles généraux de comportement. », op. cit. p.11.

Jeudi 18 juin 2009

Appel du 18 juin 2009

L’Université française a demandé à l’adversaire à quelles conditions honorables pourrait cesser le combat. Elle a déclaré que si ces conditions étaient contraires à l’honneur, à la dignité, à l’indépendance de l’Université, le combat devrait continuer.
Certes, nous avons été, nous sommes, submergés par la force mécanique, médiatique, de l’adversaire.
Infiniment plus que leur nombre, ce sont les armes médiatiques, la tactique des ministres qui nous font reculer. Ce sont les armes médiatiques, la tactique des ministres qui ont surpris nos « chefs » au point de les amener là où ils en sont aujourd’hui.


Mais le dernier mot est-il dit ? L’espérance doit-elle disparaître ? La défaite est-elle définitive ? Non !
Croyez-moi, moi qui vous parle en connaissance de cause et vous dis
que rien n’est perdu pour l’Université. Les mêmes moyens qui nous ont vaincus peuvent faire venir un jour la victoire.
Car l’Université n’est pas seule ! Elle n’est pas seule ! Elle n’est pas seule ! Elle a une vaste Communauté derrière elle. Elle peut faire bloc avec la communauté universitaire européenne et mondiale qui continue la lutte. Elle peut, comme la communauté universitaire mondiale, utiliser sans limites les immenses ressources de l’esprit vivant.


Cette guerre n’est pas limitée au territoire malheureux de notre Université. Cette guerre n’est pas tranchée par la bataille de France. Cette guerre est une guerre mondiale. Toutes les fautes, tous les retards, toutes les souffrances, n’empêchent pas qu’il y a, dans l’univers, tous les moyens nécessaires pour terrasser un jour nos adversaires. Foudroyés aujourd’hui par la force mécanique, nous pourrons vaincre dans l’avenir par une force dynamique supérieure. Le destin du monde est là.


Moi, Alma Mater[1], symboliquement en exil à
Thimpu[2], j’invite la communauté universitaire et les citoyens du monde où qu’ils soient, avec les armes invincibles de leur esprit, j’invite les chercheurs et tous ceux qui oeuvrent à la construction et à la transmission du savoir,où qu’ils se trouvent , à se mettre en rapport avec moi.
Quoi qu’il arrive, la flamme de la résistance universitaire ne doit pas s’éteindre et ne s’éteindra pas.
Demain, comme aujourd’hui, je m’adresserai à vous sur la toile et dans les médias auxquels j’ai accès pour que soit nourrie en chacun la flamme de la résistance.


[1] L’expression latine Alma Mater « Mère nourricière » désigne l’Université.

[2] Sans doute une allusion au concept de BNB (bonheur National Brut). Thimpu est la capitale du Bhoutan, seul pays du monde à avoir refusé le PIB et adopté le BNB comme mesure officielle du bien-être de sa population. Dans ce concept, une attention prioritaire est accordée à la conservation des traditions et de la culture jugées fondamentales pour préserver l’identité et l’âme d’un peuple.

Dimanche 17 mai 2009

Jeudi 16 avril 2009

Cultivons la terre

Le site de l’association rés’OGM info à l’origine de ce film

Le site du film

Nous resterons sur Terre

Le site du film

We Feed the World – Le marché de la faim

Le site du film
Nos enfants nous accuseront

Le site du film

Dimanche 22 mars 2009

Cliquez sur les dates avec du texte pour avoir + d’infos.

Mardi 17 mars 2009

Appel de la Coordination Nationale Etudiante de Lyon, 15 mars

Nous, étudiant-e-s de 47 Universités, Instituts et écoles en lutte depuis fin janvier et réuni-e-s à Lyon en coordination nationale étudiante les 14 et 15 mars, appelons à amplifier, radicaliser et unifier la mobilisation.

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Dimanche 15 février 2009

La manipulation médiatique

Un exemple sur le mouvement universitaire 2009

Par Anysia Troin-Guis et Pierre Isnard-Dupuy

Un discours décrédibilisé

Aujourd’hui, les universitaires sont tous mobilisés de manière unitaire ; étudiants, enseignants-chercheurs et personnels BIATOS se réunissent. Ce sont tous des individus différents pourtant, on les caractérise ainsi, des grévistes, la plupart liée à des organisations syndicales d’extrême-gauche.

Le monde de l’Education, le vrai, celui qui est sur le terrain et qui ne fait pas que suivre inconsciemment des directives immanentes, est unanime pour condamner les réformes de l’Université tel que le décret sur le statut des enseignants-chercheurs, la masterisation des concours de l’enseignement et la loi LRU (cette dernière est surtout rejetée par les étudiants).

Dans ce cas-là, on peut se demander pourquoi le journaliste de LCM utilise cette expression réductrice et très orientée politiquement et qu’il n’oublie pas de signaler les horaires d’ouverture du Salon de l’Etudiant, lieu du reportage.

Par des tournures négatives, le journaliste de LCM minimise le mouvement, rappelant que les manifestants n’étaient qu’une cinquantaine .Il omet cependant d’évoquer le comité restreint dans lequel s’est déroulée l’inauguration du Salon de l’Etudiant. De même il se permet au montage de couper une discussion entre Stéphane Maillard, militant étudiant du comité de mobilisation de Saint-Charles et de Fac Verte, et le maire de Marseille, Jean-Claude Gaudin. Du coup il ne ressort de cette discussion que le discours prétentieux de notre apôtre local de l’UMP qui fait preuve d’un mépris exemplaire en disant que la réforme, il faut d’abord la connaître avant d’en parler. Comme si les universitaires n’étaient pas les mieux placés pour savoir de quoi ils parlent concernant leur lieu de travail et d’études. Toutefois la magie de la télévision a parfois des failles et le reportage de LCM nous permet d’entendre la question de Stéphane adressé à Monsieur Gaudin sur le départ : Qu’est-ce que vous pensez de la sélection sur critère financier des étudiants ? Question qui restera sans réponse même si nous avons quelques idées sur le projet de société que défend Monsieur Gaudin.

Christophe Barbier, lui, directeur de la rédaction de l’Express, dans sa chronique sur LCI, critique le refus des enseignants-chercheurs à avoir un patron, au développement, à une stratégie. On peut rappeler que LCI, La Chaîne Info, est une filiale de TF1, chaîne qui ne s’illustre pas par son objectivité, mais par une information ostensiblement orientée !

Le journaliste ajoute : Pasteur est mort, Lénine aussi au passage ! Quel est, dans la mobilisation des universitaires, le rapport avec Lénine ? Encore une volonté de disqualifier le discours des universitaires qui se mobilisent en les renvoyant à un « passé archaïque » ?

LCI, qui a été conçue pour s’adresser prioritairement aux téléspectateurs de la catégorie « CSP+ » (cible idéale des publicitaires) et vendre du temps de cerveau humain à Coca-Cola (selon Patrick Lelay, ancien PDG de la filiale), nous informe sur le mouvement universitaire et nous indique par le biais du directeur de l’Express, que celui-ci est injustifié.

En étudiant les différents media, on remarque un parti pris peu subtile qui vise à limiter l’exhortation des acteurs de l’enseignement à une bande de gauchistes révolutionnaires. La conduite est forcément dictée pas des organisations d’extrême-gauche et M. Barbier se sent le besoin de préciser que Lénine était mort ; sait-on jamais, avec toutes ces manifestations, on se serait cru en Russie, en octobre 1917 !

L’usage de cette sémantique a pour but de décrédibiliser un mouvement naissant qui, peu à peu, prend de l’ampleur. On assimile la réaction des universitaires à une cause politique d’extrême-gauche. Aujourd’hui, ce sont les media eux-mêmes qui font de la récupération pour les partis politiques ! On sort quelques pancartes et hop, c’est la révolution, selon les journalistes !

Une seule vision de l’enseignement et de la recherche

Dans le même temps le discours dominant sur la formation universitaire ressort dans une autre vidéo réalisé par La Provence à l’occasion du salon de l’étudiant. Il pourrait être résumé par ce discours de Richard Vidal, étudiant dans une école privée d’ingénieur du groupe ISEN à Toulon : être capable de se vendre.

Non Monsieur Vidal nous ne voulons pas être des entrepreneurs économiques individuels d’un salariat précaire soumis à une dictature économique au service d’une sacro-sainte croissance qui de toute façon nous mène dans le mur. La question posée par la journaliste est : « dans cette période de crise votre filière vous offre t’elle des perspectives de travail ? ». Voilà qui est dit : les études ne servent qu’à trouver un travail et dans un monde soumis à des critères de rentabilité économique immédiate.

Ce qui se donne à voir dans cette vidéo et dans ce que nous avons observé sur place au salon. La forte présence de nombreuses écoles d’ingénieur et de commerce privées venant de toute la France nous laisse présager que l’avenir de l’enseignement supérieur sera fait par ces institutions ouvrant la voie d’une marchandisation des savoirs déjà programmée depuis de nombreuses années. L’impression que nous a laissé ce salon, c’est que les écoles privées venaient faire leur marché de recrutement à grand renfort de produits dérivés. Nous ne notons même pas la présence de stands commerciaux (Orange, BNP, Xbox etc.) et de stands de l’armée. Quant aux quelques stands associatifs, ils étaient regroupés dans un coin du salon. Voilà une belle métaphore du monde que nous connaissons et que nous allons connaître.

Il y a bien un projet précis pour l’avenir de l’enseignement et de la recherche défendu par Valérie Pécresse, Xavier Darcos et Nicolas Sarkozy. Projet qui trouve en son relais médiatique un discours comme étant l’unique solution. Les autres projets sont défendus par des utopistes, des rétrogrades, des irresponsables et des gauchistes de tout bords (tendance anarcho-autonome ou ultra-gauche ?). Et pourtant les enseignants chercheurs de l’IEP et de la fac de droit d’Aix-en-Provence sont en grève…

En tant qu’écologistes radicaux, nous ne pouvons pas nous empêcher de penser que répondre à la crise en s’entêtant avec des solutions prêtes-à-penser qui encouragent le productivisme (travailler toujours plus, être méritant etc.) est au pire suicidaire, au mieux schizophrénique, puisque ces « solutions » alimentent de manière toujours plus prégnante crise écologique et crise sociale.

Nous avons également une toute autre vision de l’enseignement supérieur et de la recherche à l’écart de ce discours bien-pensant. L’enseignement et la recherche ne doivent pas faire partie des éléments d’une guerre économique sans fin dans lequel « le risque permanent » justifierait de se conformer à toutes libéralisations sans frein comme le dit si bien Pompidou en 1967. Tout serait contraint de devenir précaire comme le déclare Madame Parisot[1]. La vidéo qui suit semble présager déjà, de ce qui se déroule actuellement avec les contre-réformes de l’université.

Une manipulation médiatique

Nous sommes, sans cesse solliciter par les media (TV, radio, internet), qui, à terme, formate la vision que nous avons du monde (que nous ayons conscience ou non de cette manipulation). Les media sont donc soumis à un contrôle, discret certes, qui permet au pouvoir en place de conserver son hégémonie sur la population et les troubles qu’elle peut lui causer.

On peut citer Noam Chomsky, linguiste, philosophe et militant politique américain qui a mis en évidence les processus par lesquels les médias tendent à enfermer les sociétés démocratiques dans un carcan idéologique : Afin de renforcer leur prédominance comme sources d’information, les fabricants gouvernementaux et commerciaux d’information se donnent beaucoup de peine pour faciliter la vie des médias. Ils mettent à leur disposition des locaux, font parvenir à l’avance aux journalistes les textes des discours et des rapports, ajustent les horaires des conférences de presse en fonction des délais de bouclage[…]Dans les faits, les grandes bureaucraties des puissants subventionnent les médias et s’y assurent un accès privilégié en réduisant les coûts des nouvelles brutes et de production de l’information. Elles deviennent ainsi des sources d’information « de routine » et ont libre accès aux médias tandis que les autres sources doivent se battre pour obtenir un accès et peuvent être ignorées pour cause d’arbitraire des gate-keepers [portiers de l’information][2].

D’ailleurs, on peut observer la sémantique de Christophe Barbier qui assimile le fonctionnement de l’Université à celui d’une quelconque entreprise automobile (politique de développement, stratégie). Le Président devient un patron, la mission des enseignants-chercheurs devient carrière et chasse à la récompense.

Pour Pierre Bourdieu, sociologue que l’on ne présente plus, « la télévision est le lieu de censures multiples et pour la plupart invisible, y compris pour ceux qui les exercent ».

Bourdieu propose de sortir d’un discours simpliste concernant la critique médias. Ainsi résumer la propension du discours médiatique à être la voix de son maitre, autrement dit de son propriétaire, semble non seulement réducteur, mais aussi insuffisant pour comprendre ce discours. Ce qui est le plus rare à la télévision, c’est le temps. C’est la même chose à la radio. Pour la presse écrite ce serait l’espace. L’effet reste le même, il y a une nécessité de faire un choix. Dès lors comment expliquer le choix qui s’opère à l’image de celui fait par LCM ? A la télévision, Pierre Bourdieu explique que pour garantir l’audimat, ce qui est intéressant c’est le sensationnel, dans la mesure où la télévision est un instrument de spectacle. Du coup, les journaux télévisés ont recours aux faits divers en priorité, ce qui écarte de fait « les informations pertinentes que devrait posséder le citoyen pour exercer ses droits démocratiques ». Dans une sphère médiatique soumise à la concurrence, les journalistes ont une nécessité de suivre les actualités « construites » par d’autres journalistes s’ils ne veulent pas se retrouver à la marge de ce marché de l’information. C’est ce que montre Serge Halimi dans Les nouveaux chiens de garde,[3]. Halimi montre également la proximité des politiques et des journalistes qui suivent bien souvent les mêmes formations (sciences-po). En étant des camarades de promotion, ils se retrouvent dans un rapport de familiarité et constituent une communauté aux intérêts similaires. Pour en voir un bon exemple nous vous proposons ce film de Pierre Carles, Pas Vu, pas pris.

La boucle est bouclée. La société du spectacle et une communauté d’intérêts entre politiques et journalistes (bien malgré eux) conditionnent les choix du discours médiatique

A partir de ce constat, revenons sur la sémantique du Président de la République qui n’a de cesse d’évoquer une politique de croissance, productiviste, méritocratique, pourtant contraire à l’épanouissement personnel de chacun et à la préservation de la planète. Sarkozy occupe pleinement la scène médiatique, il semblerait qu’il ait le don d’ubiquité. Ses discours, eux, reposent sur la pauvreté syntaxique et sémantique qu’une oreille attentive peut discerner. En effet, grâce à sa plume, Henri Guaino, il utilise des phrases très courtes et rompt la lignée des présidents au vocabulaire très riche et aux phrases complexes. Il utilise sans arrêt l’anaphore, figure de style qui, pour donner de l’ampleur aux propos, consiste à commencer des phrases ou ensembles de phrases, par les mêmes mots ou les mêmes syntagmes[4]. Celui qui nous gouverne s’est lui-aussi accaparé des méthodes des publicitaires pour recevoir l’écoute et l’accord des citoyens. Il devient, lui aussi, une publicité, à part entière, que la télévision, les journaux se plaisent à nous rabâcher afin qu’il devienne un habitant logique de notre inconscient collectif voire un membre de notre sphère intime, alors qu’il ne devrait se limiter qu’au public.

Les media considérés comme le quatrième pouvoir, après le pouvoir exécutif, législatif et judiciaire, sont censés incarner un contre-pouvoir afin de dénoncer le gouvernement dans ses abus ; ils ne sont aujourd’hui que source de soutien, à la limite de la propagande par le processus que nous avons tenté de résumer.

Messieurs Pompidou, Sarkozy, Darcos, Gaudin, Barbier…, Mesdames Parisot, Pécresse,…, mais aussi Monsieur Vidal et autres, ne serait-ce pas vous qui faites preuve d’une utopie formidable en fondant vos espoirs sur un système économique reposant sur l’exploitation forcenée de ressources naturelles vouées à disparition dans un avenir proche et d’une irresponsabilité grandissante en œuvrant à renforcer les inégalités sociales et la misère et en imposant à l’école de ne plus former des citoyens libres et critiques mais des travailleurs qui participeront une concurrence mondiale sans fin, prédatrice du bien-être des humains et de l’avenir de la planète ?


[1] « La vie, la santé, l’amour sont précaires, pourquoi le travail échapperait-il à cette loi ? », Le Figaro, 30 août 2005. « La précarité est une loi de la condition humaine. », France Inter, 3 septembre 2005.

[2] La Fabrication du Consentement,(1988, réed 2002), Noam Chomsky et Edward Herman

[3] Les nouveaux chiens de garde, Serge Halimi, Raisons d’Agir, 2005.

[4] Pour approfondir le sujet, nous vous recommandons Les Mots de Nicolas Sarkozy, de Louis-Jean Calvet et Jean Véronis, linguistes à l’Université de Provence (Seuil 2008).

Dimanche 15 février 2009

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